Les Nouvelles de Zouré

Les Nouvelles de Zouré

11- PATAARPANGA SE PRESENTE

J’avais perdu l’appétit. Je regardai Sabine tout engloutir. Tout ! Elle ne laissa que des os, des arêtes et des bouteilles vides sur notre table. Elle rota :

- Chéri, tu n’as pas trop mangé, hein !

- Heu … Je suis allergique à la viande, au poisson et aux boissons !

- Hié ! Tu manges quoi alors, toi ?

- Heu… du benga !

- ….

Les choses sérieuses ont commencé. Les serveurs formèrent un syndicat et vinrent ensemble déposer devant moi leur plate-forme revendicative. Après des sommes et des produits (pas de quotient ni de soustraction), voici le budget définitif (plein de dépenses et sans aucune recette) que doit supporter le baillant de ma poche : 35 475 F CFA. Nom d’un ch… (pardon).

 

C’est là que je pris au sérieux les conseils de son excellence Gérard Ouédraogo. Premier conseil : Inventer une urine ou un…(vous comprenez) et filez à l’anglaise. Mais ici, les toilettes étaient juste derrière moi. Donc, râpé. Deuxième solution : mettre le barman K.O. Mais un coup d’œil sur les biceps des  différents serveurs me renseigna que cette solution peut être suicidaire. La dernière solution… Quelle est cette dernière solution, déjà ? Gérard, au secours !

 

Gerard n’eut pas le temps de venir. Ma « chérie » Sabine le devança. Quatre billets craquèrent sur la table. Je jetai un œil : des billets de banque tout neufs et de 10 000 F CFA chacun.

 

- Allons-y.

 

Elle était déjà debout, m’inondant avec l’enivrante fragrance de son parfum.

 

- Heu… Tu n’attends pas la monnaie ?

 

Elle ne répondit pas et partit. Je la suivit. Arrivée à  sa moto, elle se retourna vers moi :

 

- Règle n°1 d’un apprenti séducteur riche comme un rat de cimetière abandonné : Ne jamais fixer un rendez-vous à une fille dans un restaurant ou un bar. Car il ne pourra pas suivre la règle n°2 : Ne jamais demander à une fille ce qu’elle prend. Dernière règle : Quand on est en 1ere année au campus, éviter de faire la cour aux filles de Terminale. Ça va foirer. C’est pour te dire en même temps qu’entre nous, c’est déjà foiré.

 

Elle démarra.

 

- Euh… Selon toi Sabine, à quelle fille dois-je faire la cour ?

- La leçon de ce soir  devrait te l’apprendre !

 

Elle partit. Je me rappelai  la monnaie qu’elle n’a pas réclamée. Ça fait  quand même 9 525 F CFA ! ça fait beaucoup en termes de photocopies. Je me présentai donc devant le gérant sans kalachnikov du « maquis ».

 

- Que puis-je pour vous, monsieur ?

- Ma monnaie.

- Votre quoi ?

- J’ai oublié de reprendre ma monnaie. C’est moi qui ai déposé les 40 000 francs.

- Ah ! Fit-il. Ouang !

- Oui ? Répond un gus derrière moi.

- Sers-lui sa monnaie !

 

J’étais en train de me demander si ce « sers » là venait du mot « serrer » ou « servir »  lorsque …

- Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Mais il t’a refait le portrait, mon vieux ! Nos vieilles mères dépensent des millions pour aller se retirer les rides à l’extérieur alors qu’il y a d’excellents chirurgiens esthéticiens ici ! Ah ! Ah ! Ah !

 

Ces gros rires étaient fabriqués dans la gorge de Soulby. Fabrication nourrie par la matière première issue du coup de poing salé que Ouang m’a « servi ». J’avais une lèvre plus grosse que la  fesse d’un éléphant pendant qu’un œil chantait comme le plus noir des corbeaux de la terre.

 

Mais il faut dire qu’avant cette « monnaie » ne rate ma poche, j’étais  très beau. Et je le suis toujours.  Même si je ne l’étais pas, je ne vous le dirai d’ailleurs pas ! Qui va se négliger ? Ensuite, j’ai une taille ni grande ni courte, ni moyenne. J’ai un teint qui dialogue avec la couleur  d’une nuit sans lune ni pain. Je suis né de la rencontre d’une daba et d’une marmite de cuisine. Mes jouets étaient des bâtons de berger et lors des jours qui pouvaient être considérés comme mes anniversaires, je curais le fond d’une marmite vide pour ne pas mourir de faim.

 

Mes frais de scolarité étaient toujours payés avec des billets qui sentaient la terre, la bouse de vache, la fiente de volaille et l’âge de la vieillesse. Je n’ai connu la ville qu’à l’âge de 22 ans, c’est-à-dire aujourd’hui. J’ai laissé derrière moi trois cases entourées de pailles et où vivent un vieil homme en compagnie d’une vieille femme entourés de sept jeunes gens qui ont le regard tourné vers moi : le benjamin. Le seul à avoir franchi le stade du CE2. Pas parce que mes frères et sœurs étaient nuls. Mais parce que le ciel et ses nuages étaient avares en récoltes.

 

Aujourd’hui, devant Soulby qui me regarde en s’esclaffant, je constate que plus de sept âmes comptent sur moi pour ne pas mourir de faim. Je constate qu’au lieu de penser à eux, j’ai pensé à ma … Mais n’ai-je pas le droit d’y penser ? Ne dois-je pas être comme les autres ?

 

Sans doute, je ne dois pas être comme les autres. Car je suis Pataarpanga, celui qui n’a pas de force. Mais qui compte sur la force divine et sur celle des hommes. Voilà pourquoi je vais continuer la lutte. Suivez-moi, chers frères et sœurs étudiants. Quels que soient les écueils, on vaincra.

 

Tiens, on dirait que Soulby à quelque chose à me dire.

 

- Oui, Soulby ?

 

A suivre…

 

Abdou ZOURE



26/10/2010
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